Si rien n’est fait, les hôtels de moyenne gamme en montagne continueront à disparaître, estime Urbain Kittel. Promoteur immobilier et hôtelier, il plaide pour une aide à la branche, afin d’enrayer le phénomène.

Les projets hôteliers et para-hôteliers fleurissent en Valais (htr du 14 février). Parmi eux, celui de Grimentz qui prévoit un hôtel d’une soixantaine de chambres et des chalets à côté. Soit 300 lits chauds car les propriétaires de ces chalets auront l’obligation de les louer plusieurs mois par année. Promoteur immobilier et hôtelier dans le Val d’Anniviers, Urbain Kittel est très sceptique face à de tels projets et lance un cri d’alarme: sans aide, les hôtels de montagne continueront à disparaître et les stations en souffriront aussi.

A quel type d’établissements pensez-vous quand vous dites qu’ils ne sont pas rentables?
Aux 2- et 3-étoiles de montagne ayant une activité saisonnière. Dans le Val d’Anniviers, les 3-étoiles disparaissent les uns après les autres. L’Hôtel d’Anniviers, les Diablons à Zinal, le Grand Hôtel de Chandolin à St- Luc… Ils ferment ou sont transformés en appartements. Et c’est comme cela dans tout le Valais.

Comment expliquer alors qu’on voie autant de projets, comme celui de Grimentz?
Ouvrir un hôtel, c’est facile. Les chalets à côté vont être vendus et les bénéfices seront investis dans l’hôtel. La question est de savoir quelle sera sa rentabilité dans cinq ou dix ans. J’ai moi-même construit deux hôtels, l’Europe à Zinal et le Cristal à Grimentz il y a une quinzaine d’années. L’Europe ne tourne toujours pas, malgré une recapitalisation et le Cristal est devenu un garni depuis deux ans. Cela permet de diminuer le personnel. La restauration est ce qui demande le plus de travail et qui est le moins rentable.

Les séminaires peuvent-ils constituer un créneau complémentaire?
Difficilement. A l’Europe, nous avons aussi des séminaires, mais surtout en période creuse. On ne peut pas en accueillir pendant les vacances de Noël, de février ou de Pâques alors qu’il faudrait pouvoir accueillir un grand groupe n’importe quand. Et ça marche surtout pour un hôtel situé au bord du lac, pas dans les vallées.

Certains Ă©tablissements marchent bien pourtant.
Oui, grâce à des distorsions économiques. Un hôtel tourne bien après deux faillites.

Comment cela?
Parce que la banque va brader l’hôtel. Le Bella-Tola à St-Luc fonctionne très bien. Mais les deux propriétaires actuels ont pu le racheter au tiers du prix et le capital action a été souscrit en société anonyme par un groupe d’amis qui n’ont quasiment aucune rentabilité sur leur capital. De plus c’est un hôtel de charme qui est très bien situé et qui est tenu par deux diplômés de l’Ecole hôtelière de Lausanne. (Et il ne s’agit pas d’un 3-étoiles mais bien d’un 4-étoiles, ndlr.).

Justement, ne faudrait-il pas laisser jouer la sélection, quitte à avoir moins d’hôtels?
Si on continue à perdre des hôtels, les stations vont souffrir, surtout les sociétés de remontées mécaniques car le taux d’occupation est quatre fois plus élevé avec les lits hôteliers qu’avec ceux de la parahôtellerie. Saas-Fee a environ 9000 lits, dont 4000 lits hôteliers mais enregistre beaucoup plus de nuitées que Verbier, qui a 35000 lits, mais seulement 2000 lits hôteliers. Il faut choisir. Soit on ne fait rien et les hôtels de moyenne gamme disparaîtront. Et sans cela, les familles ne viendront plus. On ne peut pas avoir partout des stations de luxe comme St-Moritz. Soit on aide l’hôtellerie. En Autriche, ça marche bien car il existe d’importantes aides au développement pour les hôtels.

Concrètement, à quel type d’aides pensez vous ?
Il faudrait au minimum 60% de prêts pour les fonds, avec des taux d’intérêt privilégiés garantis par les cantons ou par la Confédération. Les crédits accordés par la Société suisse de crédit hôtelier ne servent à rien car leurs taux d’intérêts sont en général plus élevés que ceux des banques. Et un coaching professionnel pendant au moins cinq ans pour les hôteliers, notamment pour les questions de marketing.


L'article htr ici
Urbain Kittel dans sa précédente interview relayée par l'immoblog