Grimentz !

Ton nom, ô mon village, fait vibrer toutes les cordes de mon cœur. Ton souvenir peut seul me faire sourire à nouveau après tant de noirs, de blancs et de bleus, ton clocher à pointe noire me fait relever et me cravache contre l’orage…

Il faut t’avoir connu pour t’avoir aimé. Loin de toi Grimentz, nostalgique, je pense à tes chalets noirs… à tes coins enchanteurs qui nous font sautiller d’allégresse et enjamber malgré nous le Zieberli joli… oui, joli !

Le passant ou l’hôte d’une semaine s’éprend de toi et revient te voir à chaque été, et chaque été apparaît plus rieur, plus gai. La première fois tu lui montres les rues et les maisons mais t’enhardissant peu à peu tu le conduis partout… même jusqu’à l’Ile du Boka où folâtrent Joseph et Eveline et Innocent et Alphonsine et Alphonse et Lucie.

Voyageur qui passe le dimanche, n’oublie pas d’aller visiter la chapelle et si le hasard t’amène durant une cérémonie, n’hésite pas entre… on ne te blâmera pas. Tu entendras un harmonium jouer des airs de rossignol et des paysans qui chantent devant leur Créateur. Certes leur musique n’a rien de musical mais elle t’enchantera par son ton naïf et doux dévoilant des cœurs simples et grands dans leur simplicité.

Le peuple de Grimentz sort de la chapelle et se hâte vers la maison. Les jeunes filles cependant… s’attardent à bavarder sur la place et entonnent des chants qui remuent l’âme au sortir de ces poitrines pures et robustes…

Tant de choses seraient à dire sur mon pays aimé, mon Arabie de félicité, mais je ne sais comment les dire de peur de tout gâcher en voulant la louer…

Garde, village d’amour, garde ton indépendance de toujours, ne te laisse pas ternir ! Que demain comme hier on dise encore « Vive Grimentz la rose reine » Garde ton patois qui ne vient de nulle part, tes traditions, tes chalets. Expulse l’étranger, le traître qui souille ton sol avec des constructions en pierres. Tu n’as pas besoin de caisse à ordure que serait un café. Tu te passes des froufrous empestés qui te font frissonner d’horreur comme une eau d’épandages.

Garde ta liberté, ô Grimentz ! Grimentz sois aimé !

Soins, soucis, songes, et chants et rires et parfums et bruits d’un rythme particulier qui ont quelque chose de la sérénité des sommets, de la hauteur de l’errance des troupeaux, de la pulsation tardive des sèves qui circulent si haut, où les cœurs même semblent réfléchir, comme la terre, avant de s’émouvoir.

Mais lorsqu’ils palpitent comme ils le font profondément ! Avec des mots chargés de sentiments, d’émois puissants, quoique sobres, avec des silences où passent à peine des soupirs, quoique si lourd de tendresse ou de désir.

Et tout cela en gardant une chasteté d’allure, de gestes et de regards, où l’on sent une nature toute saine, pour qui l’embrasement n’est autre chose que l’union à vie. Trois mots pour demander un cœur, trois mots pour le donner. Et une ivresse interne telle quelle gagne les monts autour, qui veillent éternellement, les grands bois de sapins immortels qui se balancent sur ces enfants, les torrents eux-mêmes qui chantent sur leurs pas au lieu de gronder. Cela c’est Grimentz !

Grimentz, Ă´ Grimentz !
Oh ! pays aimé !












La lettre de l'Ă©poque - page 1
La lettre de l'Ă©poque - page 2

Zieberli: "Die Zieberli ist eine Art Wild-zwetschge, so gross wie eine Mirabelle.", donc une sorte de pruneau sauvage.

Qui donc a écrit ce message? Un grimentzard immigré ou un citadin rompu à la vie de notre village? Au Zieberli, on pencherait pour un suisse allemand. Bon, sachant que notre famille compte un valaisan d'origine pourtant, mais plus suisse allemand que tout bon zurichois où il a depuis longtemps déposé ses valises, la question reste d'actualité. Quoi qu'il en soit, la fibre écolo, indépendamment de toute appréciation relative à ce terme, fait partie de l'homme depuis la nuit des temps. Et le ton nostalgique à la Verlaine adoucit l'empreinte brûlante qui ne cesse de harceler notre actualité.

Merci Clin d'oeil pour ce petit retour aux sources ;-)